Il est un continent où subsistent encore de forts réservoirs de croissance… En Afrique, opérateurs de téléphonie mobile et banques s’activent de concert sur un gisement d’opportunités exceptionnel et en forte expansion : les paiements effectués via la téléphonie mobile. En effet, dans de nombreuses régions africaines, les infrastructures bancaires physiques sont inexistantes. Cela complique considérablement la vie quotidienne d’une population importante composée d’agriculteurs, de commerçants,d’artisans et de PME. Or cette population non bancarisée a besoin d’accéder non seulement à des services de paiement pour régler par exemple des dépenses d’épicerie ou d’habillement, des frais de scolarité, des factures d’entreprises de services publics mais aussi à des services financiers classiques (virements, épargne,…).
Des modes de vie transformés par la téléphonie mobileDésormais, grâce au téléphone portable, les africains peuvent payer des produits, transférer des fonds, accéder à des prêts et à la micro-finance sans avoir à transporter ni à conserver physiquement des espèces. La révolution numérique mobile est donc synonyme de progrès au sens large : elle améliore l’inclusion sociale et les conditions de vie d’une grande partie de la population. Cela explique d’ailleurs la croissance soutenue du taux de pénétration de la téléphonie mobile en Afrique (45,2 % en 2010 selon l’union internationale des télécommunications).
Des services financiers pilotés par les opérateurs de téléphonie mobileAlors qu’en Europe, les paiements par téléphonie mobile sont un
service peu rentable et considéré comme accessoire par les
consommateurs, en Afrique ils rencontrent un franc succès pour les
raisons que nous venons d’évoquer.
Ces systèmes de paiement par téléphonie mobile peuvent être proposés
soit par des banques, soit directement par des opérateurs de téléphonie
mobile. En Afrique, c’est le second modèle dit « non bancaire » qui
prévaut largement. Dans ce modèle, il n’existe aucune relation
contractuelle directe avec une institution financière et les opérateurs
de téléphonie gèrent directement les comptes et les soldes bancaires des
clients pendant que les banques conservent simplement les dépôts.
Compte tenu de l’étendue et de la croissance de ce marché, les partenariats entre opérateurs de téléphonie mobile et les banques s’accélèrent. Toutefois, dans l’euphorie de ces nouvelles opportunités, il ne faudrait pas sous-estimer, voire oublier, les difficultés qui les accompagnent. La convergence entre le secteur des télécommunications et le secteur bancaire fait apparaitre des questions d’ordre réglementaire, en particulier sur la protection des consommateurs. Mais il existe des risques d’autres natures : comment sauvegarder les fonds des clients détenus par voie électronique ? Comment réduire les risques de fraude des agents ? Comment garantir la sûreté et la fiabilité des services ? etc. Autant de questions qui nécessitent des réponses adaptées.
Sous réserve de bien mesurer ces difficultés et de mettre en place les contrôles adéquats pour limiter les risques, les opérateurs de téléphonie mobile sont donc promis à un bel avenir en Afrique !
Yacin Mahieddine et Pierre-Antoine Balu, Associés PwC, Consulting
Makhtar Senecoplus